Week-end en enfer
Par Lady_M, dimanche 18 juin 2006 à 20:05 :: Nouvelles :: #123 :: rss
Fidèles lecteurs,
Je mets en ligne la nouvelle la Pimbêche et les mlouks initialement intitulée "Un week-end en enfer" dans sa version non abrégée et non politiquement correct.
Parce que vous le valez bien 
UN WEEK-END EN ENFER
Pour se faire pardonner d’avoir complètement foiré ma soirée d’anniversaire, Bibi mon petit ami m’emmène pour un week-end surprise.
M’attendant à un petit saut à Venise ou au pire des cas à Paris, je prépare ma Delsey joyeusement mais sans plus. Me voilà en bas de chez moi dans ma robe Roberto Cavalli et mes escarpins Manolo Blahnick. Le chauffeur, un bronzé aux dents imparfaites, m’emmène à Mohamed V. Bibi, tout en Lacoste m’attend à la porte. Tandis que nous nous dirigeons vers le guichet Regional Airlines je commence à flairer le mauvais coup mais je ne m’alarme pas pour. On ne refuse pas un petit week-end à la Mamounia fraîchement rénovée.
Je regarde mon billet et là c’est le choc : Essaouira !
« On y va pour le Festival ! » éructe Bibi et me regardant avec ses yeux de cocker.
Nous descendons de notre boite de conserve volante et nous dirigeons vers un minuscule aéroport sans la moindre boutique de duty free. Pas de chauffeur à la porte. Ce pauvre Bibi s’agite dans tous les sens pour nous dégoter un taxi. Nous montons dans un de ces horribles grands taxis et nous nous dirigeons vers le centre ville. A ma grande stupeur, nous dépassons le Sofitel. Je sens la panique m’envahir. Je sens que je faire un malaise. Ce qui m’énerve encore plus c’est que Bibi au front transpirant n’arrête pas de sourire genre « c’est la surprise du siècle, je t’en bouche un coin là chérie ».
Nous arrivons dans une grande place et là : plus de route. Un homme avec une brouette portant l’inscription « Riad Al Houte » nous attends. Putain ! Al Houte ! on est pas sorti de l’auberge. Le riad est assez charmant, le personnel aux petits soins. Après une douche, nous sortons faire un tour. Je commence alors à remarquer la foule. Une foule compacte et menaçante. Les mouettes volent bas et chient sur tout le monde. Y’en a même qui sont carrément agressives, je me crois dans une scène « Des oiseaux ». Je commence déjà à ruminer ma vengeance. Un pouilleux en habit folklorique vient nous accoster, chantonne des airs dans une langue incompréhensible et se met à effectuer une chorégraphie simiesque. Ca doit être un congolais celui-là. Totalement excédée, je lui crie « Casse-toi Mamadou ! ». Il continue sa gesticulation et nous empêche d’avancer. L,à j’enchaîne « Dégage Pépito , retourne dans ta plantation! », puis carrément « Du vent Bougnoule !! » Il fini par s’en aller taquiner un couple de Français.
Je ne peux plus supporter cette foule une seconde de plus. Je suis tentée de sortir mon flacon de Lalique et de me frayer un chemin à coup de pschitt mais je ne le fais pas parce que c’est un flacon collector et que Bibi s’en formaliserait par ce qu’il lui coûté 500 euros. Je me contente de me boucher le nez avec mon mouchoir Paul Smith. Non sans peine, nous arrivons à notre restaurant qui lui aussi, vous l’aurez deviné, est un riad (j’en ai marre des riads). Une charmante boutique de babouche m’interpelle. J’en choisi deux paires pour Khadija, ma bonne, mais le petit vieux dit qu’il n’a pas de TPE. Bibi reste comme un con avec son Amex dans la main.
Riad Al Waldine, énorme demeure rénovée. Des petites minettes nous guident vers une table donnant sur la cour centrale. En bas, je vous le donne en mil, un groupe. Un groupe comme ceux des mariages. J’espère au moins pour Bibi qu’ils savent jouer du Pinhas. Des chikhates se joignent au groupe et entonnent un lancinant « Ayli Ayli ». Je regarde avec consternation Bibi se tortiller sur sa chaise. Je me dis que ça doit être l’effet du vin local « La Gazelle de Moga d’Or ». Mais non, le voilà même s’agitant dans tous les sens avec une chikha tout cheveux dehors, à la panse gigantesque sanglée d’une m’demma en plaqué or.
Soudain, tout s’arrête. Bibi me regarde d’un air ahuri, en oscillant des hanches et agitant les mains comme à la suite d’un épouvantable malheur " Wili wili gnaoua !!! ". Les gnoua comme il dit rentrent à la queue leu leu. Au son d’un grand tambour et de grandes castagnettes, ils commencent une longue chorégraphie. Bibi se balance en cadence lentement puis de plus en plus fort. Je regarde autour de moi pour vérifier que je ne connais personne dans l’assemblée. Ouf ! Au moins, je n’aurais pas de témoins.
Le Chef des gnaoua, un grand noir en robe rouge, sort une espèce de banjo carré et commence à jouer. Il entame un chant où il s’agit d’un certain Jilali et là, horreur absolue, Bibi s’effondre. Il croise les bras derrières le dos et se mets à secouer la tête. Je crie « Bibi » en sa direction mais ma voix est noyée dans la cacophonie.
Me faisant violence, je crie « BRAHIM ! ON RENTRE! ».
Lundi matin, à la Villa Zévaco, Faiza Bennani me demande « Alors ce week-end en amoureux ? ». Je réponds « Bof ! Venise en été, tu sais ce que c’est…».
Commentaires
1. Le dimanche 18 juin 2006 à 23:28, par Amine :: site
2. Le lundi 19 juin 2006 à 03:40, par Bluesman :: site
3. Le lundi 19 juin 2006 à 11:00, par Lady M
4. Le lundi 19 juin 2006 à 12:17, par miss poussinette :: site
5. Le lundi 19 juin 2006 à 12:58, par Lady M
6. Le lundi 19 juin 2006 à 13:39, par najlae :: site
7. Le lundi 19 juin 2006 à 14:01, par Lady M
8. Le lundi 19 juin 2006 à 14:41, par Najlae
9. Le lundi 19 juin 2006 à 15:12, par nasse (ra)
10. Le lundi 19 juin 2006 à 17:33, par Reda :: site
11. Le lundi 19 juin 2006 à 18:00, par jvex
12. Le lundi 19 juin 2006 à 18:16, par najlae
13. Le lundi 19 juin 2006 à 18:51, par Reda :: site
14. Le vendredi 23 juin 2006 à 16:07, par fan
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