Le week-end à Marrakech - Part One
Par Lady_M, jeudi 27 avril 2006 à 19:55 :: Nouvelles :: #114 :: rss
Un peu de fiction dans ce monde de brutes

Je me réveille souvent avec de drôles de phrases dans la tête. J’entends des voix, une voix, peut-être est-ce simplement ma propre voix.
Je me douche, j’avale mes Spécial K devant la remplaçante de Maitena Biraben sur la Cinq.
Une dame avec une énorme poitrine raconte comment elle est venue à bout des gerçures sur ses seins grâce à la cire d’abeille.
« L’important c’est de ne pas se focaliser uniquement sur le mamelon, car toute la peau est desséchée… ».
J’aime beaucoup regarder les Maternelles. Je suis incollable sur toutes ces histoires de modes de garde, de coussins d’allaitement et de péridurale. Je n’attends pas d’enfant, je ne suis pas mariée et je n’ai même pas de copain.
Le Spécial K manque de crunch mais je le mange quand même, je rajoute des raisins secs.
Il y a des matins qui semblent vous sourire. Des jours faits pour faire des choses formidables. Rencontrer l’Homme-de-ma-vie par exemple ou bien apprendre la salsa, réussir un soufflé ou bien rentrer dans un (petit) 42.
L’interphone sonne. « hé Louloutte ! Tu descends oui ou merde ?! Et n’oublie pas ton i-pod, j’ai rien à écouter dans la bagnole », crie Inès.
Il est 09h00 du matin. Chaque premier samedi du mois, Inès, lila et moi nous partons en week-end à Marrakech.
Le week-end à Marrakech est une véritable institution casablancaise. Plus ou moins hype, il sent les brochettes de Jamae Lafnae pour certains, alors que pour d’autres, il a l’odeur d'un bon cigare savouré au Bo-Zin.
Chaque week-end, la ville ocre est la cour de récréation des Casablancais. Ils se cherchent aux feux rouges, scrutent les plaques d’immatriculation. Ils se reconnaissent d’un regard.
Je quitte la maison avec cette impression que tout était possible d’autant plus que je porte mon gloss fétiche, celui au lychee que je ne peux m’empêcher de goûter de temps en temps.
Cela faisait deux ans que Inès et Lila et moi nous nous sacrifions à cette tradition et partons étrenner nos récentes acquisitions vestimentaires dans la fumée du Pacha ou du Comptoir.
Je balance mon sac dans le coffre et m’installe sur le siège passager. Inas était au volant.
« Salut la grosse !! » me lance-t-elle.
« Salut la pute ! ».
Je branche mon i-pod sur l’auto-radio.
« alors, ce mec du CFG, tu l’as revu ou pas ? » demande Lila.
« Le petit chauve qui transpire de partout ? non, il m’a déjà bien saoulé le premier jour. m’inviter à prendre un café chez Paul, puis me raconter sa vie à deux balles. Comment il a baisé des putes et des bonnes toute sa vie et comment il a trouvé Dieu à la mort de son père.. J’ai eu droit à une version longue de son épiphanie. Il dit qu’il cherche à se caser maintenant. Regardez moi bien les filles : est-que j’ai l’air d’une case les filles ?
« AH ! ca non ! Il a pas vu qu’il te manquait une case déjà had le con ! », se moque Inès.
La station Afrikia est bondée. Lila descend acheter du coca. Elle porte une jupette et comme à l’habitude tous les regards se retournent sur elle. Je regarde moi aussi ses jambes dorées et je pense à ce début de varices sur mes mollets.
J’entends la voix de Michel Simes : « Une fois installées les varices sont difficilement délogées. Dans la plupart des cas, une scléropathie est envisagée. Ce traitement consiste à injecter un produit sclérosant dans la varice afin de déclencher un processus de cicatrisation à l’intérieur de la veine. »
Lila est auditeur dans une firme internationale. Elle aime tout ce qui sent l’été et l’ambre solaire : le latino, le vernis corail, les breloques, les mecs qui ressemblent à Ken, l’ex de Barbie.
A 28 ans passés, elle a la frimousse d’une adolescente, elle a dans la tête un convertisseur de calories et un calculateur d’IMC intégrés. La salle de gym chère et branchée dont elle est membre est son refuge, son havre de paix. Elle s’y était inscrite parce qu’elle avait entendu dire que tout le gotha casablancais s’y rendait mais avait vite fait de déchanter : la salle était surtout fréquentée par des Madame Tazi, Benjelloun ou Bennani qui venaient y traîner leur tronches surbronzées, leurs ventres liposucés et leurs jogging Sonia Rykiel lavés à la main par des petites bonnes de neuf ans.
Inès, elle, n'a pas besoin de surveiller sa ligne ; elle est abonnée au régime café et cigarettes. Elle est journaliste dans un magazine en vogue. Elle s'est fondue dans cette masse de journaleuses survoltées, qui, la cigarette au bec, aiment s’enfiler des bières en Seamen’s bar en parlant de choses sérieuses.
« Loubna, tu nous casses les oreilles avec ces Placebo. Tu ne pourrais pas aimer la même musique que tout le monde. Mets le dernier Mariah Carey par exemple. Il est top ! » s'écrie Inès.
« J’ai pas le dernier Mariah Carey, par contre j’ai le dernier Apocalyptica ».
« Non, non pitié, laisse Placebo, c’est bon ».
« Where is my mind ? » le refrain résonne dans ma tête comme une litanie. Je mets la radio à fond alors que les premiers palmiers se profilent à l’horizon.
« Mrehba bel bidawiate dialna ! », « Bienvenue à nos casablancaises ! » s’écrie le réceptionniste qui nous connaissait bien puisque nous descendons toujours au même hôtel.
Lina se renfrogne : « On aurait dû essayer cet appartement à la palmeraie, il y’a plein de gens classe à la palmeraie, en plus on pourrait inviter des gens ! Les mecs ils viennent jamais dans les hôtels puisqu'ils peuvent pas y ramener des nanas !».
« Je ne suis pas ici pour faire la popote à des invités ni pour faire mon lit, encore moins pour servir de pritch à un petit bouseux! », rétorque Inès.
Comme d'habitude, on déjeune à l'hôtel puisque nous avons la demi-pension et que de toutes les façons, c'est pas durant le déjeuner qu'on rencontrera des gens.
Pour Inès, déjeuner aux jardins du minaret était le meilleur moment du week-end bien mieux que la longue nuit en boite de nuit où elle devait tant bien que mal supporter une musique qu’elle détestait.
Je demande : "Alors ont fait quoi cet aprém ? »
« Comment ça on fait quoi ? piscine, piscine et piscine en ce qui me concerne, je me suis pas fait épilé le maillot chez Saida-la-torture pour rien !», rétorque Lila.
« Moi je veux bouger, j’ai pas envie de me taper le troupeau de touristes hollandais qui viennent de débarquer. On va à la médina ? » demande Inès.
En escaladant les escaliers de la Kissaria Semmarine, je me demande ce qui me poussait à revenir ici chaque fois que je viens à Marrakech ? les boucles d’oreilles que j’accumule ? Les petites babouches à sequins ? L’odeur du cuir ou le goût des olives ? Mon petit concentré de Maroc joli et chatoyant.
Commentaires
1. Le vendredi 28 avril 2006 à 11:35, par louza :: site
2. Le vendredi 28 avril 2006 à 11:50, par najlae
3. Le vendredi 28 avril 2006 à 18:38, par manal
4. Le vendredi 28 avril 2006 à 19:35, par Oth
5. Le vendredi 28 avril 2006 à 22:47, par ines :: site
6. Le dimanche 30 avril 2006 à 23:28, par Anass
7. Le mardi 2 mai 2006 à 00:23, par chighaf
8. Le mardi 2 mai 2006 à 01:11, par reda
9. Le mardi 2 mai 2006 à 02:27, par najlae :: site
10. Le mardi 2 mai 2006 à 12:55, par Reda
11. Le mardi 2 mai 2006 à 14:57, par Narjis
12. Le mardi 2 mai 2006 à 17:32, par nasse (ra)
13. Le dimanche 7 mai 2006 à 02:27, par Anass
14. Le jeudi 11 mai 2006 à 02:00, par Amine
15. Le samedi 20 mai 2006 à 16:59, par josette
16. Le samedi 20 mai 2006 à 22:56, par Lady_M
17. Le mercredi 6 septembre 2006 à 16:35, par Marrakchi
18. Le mardi 27 février 2007 à 18:51, par samir marrakech
19. Le vendredi 19 octobre 2007 à 22:54, par Precilia :: site
20. Le mercredi 26 mars 2008 à 14:45, par hassoun
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