Il m’arrive souvent de croiser le regard d’une femme dans la rue, au supermarché ou chez le coiffeur et de me surprendre à nourrir les espoirs les plus fous ; cette femme pourrait être mon amie, encore mieux : ma meilleurs amie.
Ensemble, nous irons au Topkapi, à Derb Ghallef , au café, au cinéma. Nous nous filerons des recettes de cuisine, nous nous tiendrons la main lors de nos accouchements, nous irons aux soirées pour femmes de la corniche hurler devant les stripteaseurs, nous siroterons du thé le dimanche après-midi, nous irons en vacances ensemble, nous nous comprendrons sans avoir à expliquer. Amie et moi, nous rirons, nous nous feront des colorations à la maison. Je serais Jennifer Anniston et elle, Courtney Cox.
Alors quand je crois me trouver en présence d’une telle femme, je commence à observer d’une manière que je devine grotesque. D’ailleurs j’ai toujours eu du mal à observer discrètement.
Ca me rappelle au Lycée une certaine Samia S., qui portait du rouge à lèvre rose indien, épilait ses sourcils à la Mae West et surtout portait des chaussures à talons compensés en cuir noir verni. Moi qui en était toujours à gonfler mes Reebook pump entre chaque cours, j’étais totalement obnubilée par ses chaussures qui représentaient pour moi tout le pouvoir et le danger d’être une femme. Je n’arrêtais pas de la fixer.
Soyons clairs, je n’ai jamais eu envie d’être l’amie de SS puisque j’avais, dans mon camp de « No lipstick, no féminité », tout un régiment de super bonnes copines. Non, pour moi, cette Samia S, c’était comme qui dirait le coté obscure de la force.
Ca m’a prit quelques années d’observation et surtout de cohabitation avec des SS pour découvrir qu’elles n’étaient pas si bizarres que ça. Mais ça c’est une autre histoire. Enfin bref, entre les chaussures de meneuse de revue et les Reebook Pump, j’ai fini par choisir le camp des ballerines repettos.
Revenons à mes idéaux amicaux, je disais donc que depuis mon adolescence, j’ai en moi cet idéal de trouvaille amicale que j’ai traîné dans une besace parallèle à celle du Saint Graal masculin.
J’ai idéalisé une poignée de copines en les gratifiant de ce superlatif qui veut tout dire « Meilleure amie » !
Titre suprême détenu depuis 15 ans et jusqu’à très récemment par une seule et même personne, les lecteurs assidus l’auront deviné : Lamia.
Depuis quelques années déjà, je n’avais tenu à garder cette appellation que comme gage de sérieux amical « je suis une fille bien, regardez, j’ai la même meilleures amie depuis 15 ans ! ». Force est de constater que l’amitié s’effiloche et qu’il n’y a pas d’évolution parallèle.
Quel intérêt à chercher une espèce de sosie qui vénère Tori Amos, ne jure que par le rock-punk et le chocolat noir ?
Nous ne hurlerons jamais « Where is my mind ? » dans la cuisine.

Photo : www.adomonde.qc.ca/ poesie2/meilleur.htm.