Il y a des jours comme ça. Des jours jours où, dès qu'on ouvre l'oeil, tout semble teint d’une douce nostalgie pour un passé feutré qui sent la cannelle, les crêpes chaudes et le chocolat Van Houten.
Oui, quand je tape bonheur dans mon google cérébral c’est toujours des images couleur miel qui apparaissent. Sauf qu’au royaume des sens, rien n’est doré sauf les bijoux des femmes de la médina, les coupoles des Darih ou les cheveux des putes.
En sortant de l’ascenseur, je mets le pied sur le marbre poussiéreux de l’entrée puis sur le trottoir gris jonché de femmes aux guenilles savamment nouées. Les mendiantes de mon quartier ont des petits enfants pour animaux de compagnies. Elles les ont bien dressés ; il leur suffit de désigner du menton une victime et le petit pit-bull vient se pendre à votre genou en vous suppliant avec ses petites mimiques de petit morveux. Il ne vous lâchera pas parce qu’il sait que sa propriétaire le pincera jusqu’au sang s’il ne ramène rien.
En bas de chez moi, il y’a aussi Mohamed le cireur qui se relaye avec son père et son frère. Mohamed a une femme au bled. Elle a les yeux verts et deux enfants. Mohamed sourit toujours.
Au café d’en bas, il y’a tout le temps des travailleuses aux grandes bottes pointues et au teint plâtreux. Il y’a aussi des taxi vautours qui attendent un touriste con providentiel.
Devant chez moi, il y’a le Grand Hôtel, ses agents de sécurité en gris et ses grooms folkloriques. Le cortège de limousines bloque la circulation mais personne ne dit jamais rien.
Il m’arrive souvent en rentrant chez moi de me faire insulter, mais je me suis habituée.
Non, je ne vis pas dans une crêpe suzette.