5 heures d’affilée dans une salle d’attente surchauffée au Consulat Britanqiue de Casablanca.
5 heures à attendre l’interview de 5 minutes avec une blonde anorexique.
Et comment avez-vous rencontré votre mari et comment s’appellent vos beaux-parents ?
Et combien de temps êtes-vous restée la dernière fois ?
Et combien gagnez-vous ?
Et pourquoi voulez-vous vivre au Maroc ?
Et qu’est ce qui pourrait vous retenir en Angleterre ?

5 heures à écouter la vie des gens.

L’ingénieur de l’ODEP qui paie 5000 dhs de crédit par mois et dont le frère et la sœur vivent au Canada.
La vieille mémé qui répond « Je suis venue pour le visa de ce pays… il s’appelle comment déjà le pays, c’est pas la France, ah ça je sais, mais il s’appelle comment …enfin, vous savez pourquoi je suis venue, c’est dans les papiers ! »
La nénétte qui, persuadée de savoir parler anglais, ne veut pas des services de la traductrice maison.
Les vieilles dames qui, invariablement, répondent quand on leur demande combien de temps elles veulent rester : « Ah ! Je ne peux pas vous dire. C’est entre les mains de Dieu… ».
La brune chevelue qui habite en France et qui n’arrête pas de marmonner qu’elle aurait dû le demander en France ce Visa.
L’étudiant louche qui parle de travailler, puis étudier, puis étudier puis travailler.
Les jeunes que l'ont fait rentrer dans un bureau et qui ressortent le visage décomposé.
Une autre mémé qui affirme à un agent qu’elle veut rendre visite à son fils hospitalisé puis, à autre agent, elle raconte qu’elle veut partir en Angleterre pour assister au mariage d’un copain à son fils, un pakistanais.
Cette femme qui veut se faire ausculter en Angleterre pour une tumeur de l’utérus.
Des gens aux histoires bizarres et incompréhensibles et puis, surtout, l'incomparable marocaine coincée du cul qui vous toise de derrière son guichet blindé.

5 heures à écouter des bribes de vies exposées comme des culottes sur un balcon.