Nous allons nous marier et si nous ne voulons pas être des hors la loi au royaume des sens, Rob doit se convertir.
Rob qui a étudié toutes formes de langages naturels et artificiels sait écrire et lire l’arabe, mais n’y comprends pas grand-chose. Je lui écrit la Chahada sur un bout de papier. Et la lui fait réciter une dizaine de fois par jour pendant une semaine.
Je rentre à la maison vendredi soir, je le trouve en train de lire le chapitre islam sur l’encyclopédie de son pc. Il sait sa Chahada par cœur.
Nous devons aussi choisir un nom. Je pense à Ryad. Il me fait « Ryad ? as in Hay Ryad ? U’re sure ?! »… Bien sûr, I am sure, c’est très joli Ryad.
Le soir-même je discute avec frangin qui ponctue chaque phrases de "Wa naari, j’arrive pas à le croire… Sla ou slaam…". Je lui demande de me donner une idée de prénom, il me dit "appelle-le Mostafa comme papa". Je rétorque : « Hors de question !!! Appeler mon mari comme mon père ?! Tu veux mettre ma vie sentimentale et sexuelle en péril ?! »
Il me fait "Alors … appelle-le Ryad !"
Je reste estomaquée. On n'en avait jamais discuté auparavant et voilà qu’on choisi le même prénom !
Va pour Ryad !
Samedi. Le grand jour.

Je cherche en vain quelque chose de « décent » à mettre devant les adouls. Que des trucs collants ou décolletés, il ne me reste plus que le top à sequins de Marrakech. Un peu sexy quand même mais il dispose de manches !
Le cabinet des adouls se trouve au premier étage au-dessus d’un café où l’activité principale est le tiercé. Nous descendons de voiture, nous avons 60 paires d’yeux qui nous fixent.
Ah le mariage mixte ca promet !
Bon, les deux adouls nous attendent. L’un, un peu moderne et jeune, c’est celui que je connaît, il était avec ma cousine en classe à Dar Al Hadith Al Hassania, l’autre longue barbe blanche, grosse bedaine et regard pétillant.
Le gros demande mon prénom et se lance dans une poésie improvisée sur le thème des Mahassine. Il me reluque sans vergogne. « Ah ! notre ami a choisi, et il a su choisir … Ma chaa Allah … Ma chaa Allah…».
Il me demande de traduire pour Rob pendant qu’il note " Hadara Achabe Roubir maxwile… bla bla bla" vient le moment tant attendu où Robert récite sa profession de foi.
Il lui demande quel nom il a choisi : « Ryad » … Le gros fait : « Ya salam … very good, very good… »
Il se lance dans une histoire du temps où il étudiait l’arabe en Arabie Saoudite, il n’avait pas voulu étudier l’anglais, comme il le regrette maintenant…bla bla bla.
Bon, il me dit aussi qu’il faut que je montre à Rob comment faire les grandes ablutions « Al Woudoua Al Akbar » maintenant qu’il est musulman. Je flaire le traquenard, je fais celle qui rougit, je dis « Ah, nous ne vivons pas ensemble. Je ne peux pas lui montrer ce genre de choses. »
Oui, j’en fais un peu trop mais c’est jouissif ce petit trip candide. J’en rajoute même une couche « Je vais demander à un homme de l’emmener au Hammam et à la mosquée… »
Le barbu me dit "Al Islam Dine Yousr, ne le brusquez pas ! J’en ai vu qui demandaient à leurs maris fraichement convaincu de faire la prière, le ramadan, etc. dès la première année. ou bien même de se faire circoncire (petit sourire narquois)!!! Erreur ! c’est le meilleur moyen de faire fuir l’homme. Il faut de la souplesse (re-sourire narquois)."
Je lui assure que je suivrais son conseil. Il jette un œil dans mon sac entrouvert, voit ma ventoline et se lance dans de longues louanges d’un guérisseur éclairé dans le Sahara (ils habitent tous là-bas…). Je promets de prendre des vacances rien que pour ça et note consciencieusement le nom du gars.
Ils nous gratifient d’un long douâa de bonheur et de prospérité.
Ils finissent de rédiger l’acte de conversion. Me demandent plein de détails sur moi puisque je figure dans l’acte en tant qu’interprète. Arrive le moment de payer. Le vieux veut nous taxer 1000 balles plus un bakchiche. J’affirme qu’on a pas tout ça. Le jeune demande 700 balles. Je sais pertinemment que ça ne doit pas dépasser 350 balles. On paye le double juste pour faire vite. Re-sourire forcé de ma part. Rob attend que je lui traduise un peu toute cette demi-heure de parlote.
On descend l’escalier en silence. J’arrive dans la voiture. Je suis toute rouge. Pas envie de parler, juste envie d’une bière.