« La solitude, ça veut dire aussi : Ou la mort, ou le livre » Marguerite Duras

Etre ce soir au bord de moi-même. Excentrée. Reliée à mon corps par le souvenir. Je refuse de vivre sans témoins. Je refuse le clignotement de cyclope de mon portable. Je refuse le bac à glaçon.
Je m’étend sur le sofa, respire lentement. Mes membres font sécession ; mes bras crispés, ma nuque raide. J’entame une longue négociation. Je leur raconte le bonheur tiède de la relaxation, le flottement de la béatitude. Rien n’y fait, ils veulent aussi un témoin. On peut se mentir à soi-même mais pas à ses bras.
Je me lève, laissant le continent sérénité à d’autres plus doués.
La lumière aveugle du frigo, une glace, bonheur froid.
Je me rassois, la lumière changeante de la télévision se reflète sur la table basse. J’ai coupé le son. Je regarde des clips vidéo. Snoop dogg montre le cul d’une fille en short doré.
J’allume mon ordinateur. Je n’ai rien à dire. Il est 2.40 du mat. J’ai les yeux grand ouverts.
Prise au piège de ma vie. Je cherche un couloir, une issue. Envie de crier : « Stop the train, I am leaving ». Non, il n’y a aucun message dans la fumée du joint, ni dans les gouttelettes autour du pot de glace, ni dans glaçons de la Margarita.
La glace fond dans mon vide intérieur.
Je retourne dans ma chambre. Je me mets au lit avec Garfield, ma peluche/bouillotte. Je prends ma bible de haïku, un crayon et du papier. Je fais quelques exercices et je m’endors au son d’un ruisseau.