J’ai vu cette semaine que Tel quel fait un dossier sur l’amour, pas le sexe, l’amour.
Ca tombe bien, l’amour est mon sujet de conversation préféré après la cuisine, bien sûr !
Chaque fois que je pense à l’amour, l’image mentale qui me vient est celle de ce clip avec la fille qui portait un petit cœur qui devenait de plus en plus grand, de plus en plus lourd à porter. (Plus aucun taxi ne voulait l’embarquer…).
Vision un peu masochiste de la romantique incomprise. Résurgence d’angoisses d’adolescente.

Dans ma tête, je trimballe un imaginaire peuplé de chevaux aux crinières roses fluorescentes, de scènes dignes de Marc Dorcel, de tablées familiales, d’éponges carrées, de poussettes, de rideaux soyeux…
Je sais que l’on peut aussi bien consommer de la chair et de la bonne compagnie sans pour autant mettre son rubis intérieur en jeu, et je sais aussi que « l’amour physique est sans issue ».

Ce matin, j’ai trouvé cet article sur le site du Nouvel Obs « Il y a deux manières de rabaisser l’amour, en putréfiant le désir. L’une, métaphysique, consiste à l’identifier au manque. L’autre, scientiste, à l’étayer sur le besoin. ».
J’ai l’impression que nous sommes passés maître dans l’art de putréfier l’amour à coup de « one night stand », de sonneries de caisses enregistreuses, de petits défis entre cousines/copines…
Et puis, il y a l’horloge biologique, l’usure de la vie urbaine, le crédit de la baraque. Quand j’ai demandé à mon ex avant son mariage s’il était amoureux, il a répondu « non, je suis fatigué, c’est pour ça que je me marie ». J’ai trouvé cela triste. Mais je le soupçonne de faire son fier. Genre moi, je suis un mec, un vrai, je ne tombe amoureux. Pourtant c’est beau un homme amoureux.
Mes amies ne veulent plus tomber amoureuses. Elles se barricadent derrière le matérialisme ambiant, la connerie des marocains, leur air de petits garçons perdus dans un super marché, bavant en boite de nuit ou ailleurs, incapable de faire un choix. Nous sommes pris au piège de la vacuité du corps, de la légèreté que nous affichons, du cynisme poli.
Il est clair que les sentiments indisposent.
Dans l'intimité des couples "légitimes" ou pas, je me dis que le porno n’a fait qu’empirer la situation. Après avoir fait ravage dans la tête des garçons, il s’attaque aussi (merci Derb Ghallef) à l’imaginaire des filles. Perdues entre des fantasmes plus ou moins dégradants et l'idéal de la belle au bois dormant, nous en venons à nous demander si nous pouvons (vraiment) être les deux à la fois.
« La puta en la cama, la dama en la sala », version marocaine me semble bien irréaliste.
Celà exige une certaine gymnastique mentale, un lâcher-prise auquel on semble se refuser. Presque toutes mes copines ont le syndrôme du "j'ai l'impression de me regarder quand je suis supposée être dans le feu de l'action".

Moi, je n’ai pas croisé l’amour depuis très longtemps. Je l’ai bien aperçu ces dernières années mais de très loin. J’ai quelques fois l’impression que c’est comme le Yéti, un mythe. Pourtant je refuse de réduire cet état de grâce où l’on est sublimé par le regard de l’autre à un simple emboîtement de deux failles narcissiques.

Comme je suis persuadée que le « bonheur s'aggripe trop mal aux gens seuls » comme le dit si bien Cali, j’espère.
Et j’en arrive quelques fois à me dire que l’essentiel est le voyage et que finalement, je ne suis pas si pressée d’y arriver.