Je rentre enfin à Casa. Je retrouve un ami chez un de ses amis que je connais pas. Grand appartement assez vide. L'ordinateur portable fait office de chaîne Hi-Fi. Cigarettes et vin rouge. Je me doute qu’ils ne m’avaient appelée que pour que je leur rapporte un tire-bouchon. Il sont « wild » mais pas assez pour ouvrir une bouteille sans tire-bouchon.
Je m’assois sagement. La conversation tourne autour des blog. Ingénieur n° 1 me demande d’expliquer à ingénieur n°2 qui pouffe à chaque mot pseudo technique, je me tais. Ca commence à parler école (d’ingénieur). Egrenage de souvenirs apparemment (très) frais. Ca me rappelle ces gars de 40 berges qui se parlent encore du lycée Descartes / Lyautey. Ca me sidère encore qu’à 28 ans passés, on me demande « tu as fait quel lycée ? ».

Un autre gugusse en djellaba rayée se ramène. Un festival d’Essaouira à lui tout seul. Il se roule un joint et me jetant un regard de gangster, genre « I’m a bad boy, baby… ». Je souris intérieurement. Et re-rabachage de souvenirs d’école qui ne me concernent pas. Cette fois c’est Al Jabr 1997. Petit calcul mental : Ces gars ont 25 ans grand max ! Vin rouge + Nas Al ghiwan + chichon : trip revival gnaoua avec 10 ans de retard… Je me tire.

22.30 : Je me dirige vers chez moi mais … Problème ...The iceberg in my bed (again)!

I never was a cornflake girl. Pas envie de rentrer à la maison. Pas maintenant. Je me dirige vers la côte, je tourne un peu. Décide d’aller à l’Amstrong. Il est encore trop tôt. Je rentre au « Riad », le resto à coté. Salade miniature et martini. Encore un resto qui surfe sur la vague tapas huileuses et tadelakt. L’endroit est calme. C’est la salle d’attente de l’Amstrong.

01.00 : Je me pose au bar de l’Amstrong. Vodka vanille et coca. Beurk !

Je sens dévisagée aussi bien par les filles que les garçons. Nana seule ? seule, seule ? Regards suspicieux… Mais j’ai envie de m’amuser. Je respire lentement. Exercices de lâcher prise en milieu hostile. Je reconnais de nombreux visages. Je dis bonsoir. Je les connais sans les connaître. Ne sais pas (plus) leurs noms. Je débranche un à un mes neurones. Je m’amuse enfin. Mais pas pour longtemps. Un quadra bedonnant, très marié, à en juger par son énorme alliance, me prend par le bras « alors, on danse toute seule ? ». Je le remets à sa place vite fait. Je continue à danser avec une vague connaissance. J’ai soif, je vais au bar et puis :

REALITY CHECK !

Une main, bien lourde sur mes fesses !!!

Je me retourne immédiatement. 3 mecs avec le quadra de toute à l’heure au milieu. La bande de hyènes ricane. Je crie, pousse celui qui était derrière moi, il répond « C’est pas moi ! C'est lui».

Et là, ça remonte. Réminiscence de l’école primaire. "C’est pas moi c’est lui". Je sens le piège. Je sens mon impuissance. Je crie, j’appelle le videur. Il rentre dans le groupe compact furieux et en ressort rapidement avec une expression extrêmement neutre. Ils lui ont filé un billet. Il me demande de me calmer. Ce serait presque moi la fautive maintenant.

'every finger in the room
is pointing at me
i wanna spit in their faces
then i get afraid what that could bring
i got a bowling ball in my stomach
i got a desert in my mouth
figures that my COURAGE
would choose to sell out now

J’en pleure de rage ! Je rencontre un copain. Il ne m’a jamais vue comme ça. Moi qui ne m’emporte presque jamais. Il me supplie de retourner là-dedans « on est là pour s’amuser »… Eh bien, moi, je ne m’amuse pas quand j’ai des sales pattes de vieux vicieux sur cul !!!! Je me donne en spectacle. Je n’arrive plus à retenir mes larmes, j’en veux au monde entier. S. ne veux pas me laisser rentrer seule. Il part avec moi.

Je tourne le moteur. La radio se met en marche. Ani DiFranco « Some guy tried to rub up against me, in a crowded subway car… Some guy try to feed me some stupid lines in some stupid bar... »

Je me dis que ça arrive à toutes les femmes. Partout. Je me calme lentement. Nous arrivons à la maison. Nous sirotons un Baileys. Ani continue de chanter. The sad soundtrack to my life. S. me prend la main tendrement comme pour me dire « Non, nous ne sommes pas tous comme ça. »
Vendredi soir, S. a sauvé les hommes.