Balcon, réserve ... suivez le doigt!

Vendredi. Balcon : Goldfinger et moi rentrons au Balcon comme dans un utérus géant. Je le suis de près. Il est mon ancre pour la soirée, je flotte derrière lui, un doigt entre sa ceinture et son pantalon. Un homme se penche vers moi, sourit à 3 centimètres de mon visage. Je me cramponne encore, mon doigt me fait mal. Je m’échoue quelque part entre une blonde et un quinquagénaire anglais à la chemise collante. Je suis mon bras jusqu’à mon doigt, parce que je sais que Goldfinger est au bout. Je distingue des visages familiers, un wanadien, un ex-collègue, des Amstronguiens…

Une grand rousse désarticulée se penche vers moi, exactement comme le squelette du train fantôme de mon enfance. Elle demande du feu à un gars derrière moi. Elle lui parle fort par-dessus mon épaule. Je me rappelle que j'étais montée dans le train fantôme avec mon père. Je me souviens aussi qu’au troisième "monstre", j’avais décrété que j’avais sommeil. J’avais fermé les yeux pendant tout le « voyage ». Je ne crois pas avoir changé depuis. Je ferme les yeux et les poings sauf pour mon index droit qui est complétement ankylosé.
Nous avons une overdose de rouge. Nous sortons de l’utérus et nous dirrigeons vers la réserve.

Réserve sous X :

Il fait un froid de canard même à l'intérieur. Le serveur nous ramène notre bouteille d’Absolut en nous la présentant comme s’il s’agissait d’un Saint-Emilion 1985. Goldfinger sourit et me masse le doigt. Il me tend ma demi-portion dans une main et me verse un grand verre d’eau, je l’appelle docteur. Une heure plus tard je termine ma dose. On danse, portés par la musique, légers, au-dessus des mutantes qui ont gardé leur trench Burberry, pièce maîtresse de leur garde-robe, de celles qui se balancent en matant.
"I can feel your heart beat" scande Bob Sinclar. C'est vrai, je ne sens plus que mon propre coeur. Je danse des heures durant, aucune fatigue. Juste une énergie sans cesse renouvellée. Le lapin Duracell : C'est moi. J'ai la gorge sèche malgré les litres d'eau. Je m'assieds, je sens le courage de dire à Goldfinger tout le bien que je pense de lui, je me relaxe, et laisse le rythme pénétrer chaque pore de ma peau. Nous rentrons à la maison, toujours en flottant, je mets la musique à fond, merci les voisins sympa. Ce n’est qu’au matin, alors que le soleil se lève que j’entame une longue et douloureuse descente.