Fleurs et Bouchers

Ma mère me réveille plus gentiment que d’habitude. Elle porte une gandoura. Ya pas ! C’est bien l’aid. Ma tante, docteur chômeur, est partie se faire tabasser de bonne heure. Il fait beau.
Je pars rendre visite à mon paternel. Je m’acharne sur un arbuste qui a trop grandi. Je débroussaille un peu...C’est incroyable comme les mauvaises herbes poussent vite sur les tombes. Je m’assieds sur la tombe voisine. J’ai les fesses gelées.

Je passe au marché aux fleurs. J’achète un bouquet "d'oiseaux du paradis" pour ma mère.

Avenue John Kennedy, sur le chemin de la maison. Une cigogne vole très bas, elle frôle presque la voiture. Les rues sont vides, hormis quelques automobilistes en djellaba blanche ou quelques bouchers aux habits maculés de sang qui courent de maison en maison de grands couteaux à la main.

C'est la fête.

Même Rabat la morose a l’air plus jolie aujourd’hui.

Il y a partout une odeur de laine et de chair brûlées ; des têtes de moutons crament dans chaque terrain vague.

J’appelle le frangin qui est à l’université dans un pays un peu plus froid. Il est en train de se faire chier à la bibliothèque. Il m’écrit : « ma carte de séjour contre une « douara » ».

Ca tombe mal, y a pas de mouton chez nous, et je me vois mal en train de lui envoyer des tripes par DHL !

Je rentre enfin à la maison, ma mère est toute contente de recevoir des fleurs : c’est la fête !